De nouvelles tensions en Mer de Chine Méridionale ?

Ce mercredi 8 juin 2022, un nouvel accord de coopération a été inauguré entre le Cambodge et la République Populaire de Chine, qui annonce un ravivement des tensions en Mer de Chine Méridionale. Cet accord consacre un projet auparavant gardé secret : l’expansion par la Chine de la seule base navale cambodgienne ; la base de Ream, située à 25 kilomètres de Sihanoukville dans le golfe de Thaïlande. Un atelier de réparation et de restauration de chantier naval sera construit ainsi que de nouveaux bâtiments, deux nouvelles jetées et un hôpital ultra-moderne. La Chine participe activement aux travaux d’expansion de la base navale et finance le projet dont le coût reste secret. En plus de sa participation aux travaux, la Chine fournira au Cambodge, un de ses seuls allié en Asie du Sud-Est, des navires et des formations sur le droit de la mer ainsi que 36 900 uniformes. Le ministre de la défense du Cambodge, Tea Banh a affirmé lors de l’inauguration que le projet vise à munir le Cambodge d’une « capacité d’autodéfense » et affirme que cela n’est en rien contraire à la Constitution, qui interdit l’installation de base militaire étrangère sur le sol Cambodgien. 

 

En 2019, le Wall Street Journal a dénoncé la possibilité que la Chine se soit entendue, lors de cet accord, sur « l’usage exclusif » de la partie Nord de la base. En effet, de nombreux officiels américains et occidentaux suspectent une clause tenue secrète qui permettrait à Pékin d’utiliser une partie de la base navale à sa guise, ce qui constituerait un véritable atout stratégique pour Pékin dans une zone aussi conflictuelle que la Mer de Chine Méridionale. La Chine possède à ce jour, une seule base navale à l’étranger, située à Djibouti. Cependant, le Pentagone soupçonne Pékin de vouloir construire de nombreuses bases dans plusieurs pays tels que l’Indonésie, le Sri Lanka ou encore la Tanzanie, afin de concurrencer directement les bases militaires américaines.

Dans le Washington Post, d’autres sources officielles ont affirmées la présence de cet accord et que les deux parties prennent « des mesures exceptionnelles pour cacher l’opération », bien que cela soit démenti par les deux pays et même décrit comme une « fake news » par le ministre de la défense du Cambodge. Le Cambodge présidant cette année l’ASEAN (Association of South East Asian Nations), ce démenti est nécessaire afin de ne pas être tenu pour un « pion » de Pékin par ses voisins. Depuis plusieurs années, le pays essaie d’avoir « un maximum de collaboration stratégique avec la Chine tout en minimisant l’opposition régionale à cette collaboration », ce qui peut s’avérer très difficile compte tenu du contexte géopolitique.

 

Cette utilisation exclusive d’une partie de la base, si elle s’avérait, exacerberait les nombreuses tensions en Mer de Chine Méridionale entre les États riverains de la Chine tels que le Vietnam et les Philippines, et les Etats-Unis, féru adversaire de Pékin. Cette inauguration a déjà soulevé des tensions ; en 2012 les Etats-Unis avaient offert deux hangars tactiques à la base navale de Ream. Or, ceux-ci furent démontés sans aucunes explications en 2020, sous une possible demande de Pékin en vue de cet accord de coopération. Lors d’une visite en mai 2022, la diplomate américaine Wendy Sherman, avait déjà souligné son inquiétude vis-à-vis du développement de cette base navale et de la proximité du Cambodge avec Pékin. Ce rapprochement avec la Chine déplait fortement aux Américains qui tentent de contrer les ambitions chinoises dans cette région aux nombreux enjeux et conflits maritimes et territoriaux.

 

Le Cambodge devient ainsi peu à peu un terrain de rivalité entre les deux puissances, cependant, ces dernières années il s’est plutôt montré allié à Pékin bien qu’il soit officiellement neutre dans cette rivalité. Lors de cette inauguration l’ambassadeur chinois au Cambodge, Wang Wentian a tout de même réfuté l’accusation d’ingérence étrangère en réaffirmant que la Chine n’a pas pour intention de diriger le Cambodge, ni aucun autre pays et que ce projet respecte à la fois les lois des deux pays et le droit international. Enfin, cet accord constitue un atout majeur dans le projet de Pékin d’affirmer sa présence militaire, et surtout maritime.